Cadre SBTi et décarbonation : tout savoir !
Adopté en décembre 2015, l’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Pour atteindre cet objectif, l’ensemble des secteurs économiques doivent notamment s’engager dans des démarches de décarbonation visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Un enjeu d’autant plus important à l’heure de l’entrée en vigueur progressive de la CSRD et de la comptabilité carbone.
Dans ce contexte, la SBTi s’est imposée en quelques années comme l’un des principaux cadres internationaux pour accompagner la décarbonation des entreprises et pour les aider dans la définition et la validation de leurs objectifs climatiques : près de 10 000 d’entre elles ont déjà rejoint cette initiative !

Cadre SBTi et décarbonation : de quoi parle-t-on ?
SBTi, une méthodologie de décarbonation basée sur la science
Créée en amont de la COP21, SBTi compte 5 membres fondateurs : le Carbone Disclosure Project, le Pacte Mondial des Nations Unies (UNGC), la coalition We Mean Business, le World Resources Institute (WRI), et le WWF.
L’ambition du cadre SBTi est d’encourager les acteurs du secteur privé à réduire leurs émissions carbone en leur fournissant une méthodologie élaborée à partir des connaissances scientifiques. En effet, les référentiels SBTi sont des traductions pratiques des recommandations scientifiques des experts du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). La SBTi s’appuie également sur un groupe d’experts techniques (Technical Advisory Group), composé de représentants institutionnels, d’ONG et de spécialistes du climat issus du secteur privé.
600
Le nombre d’entreprises françaises déjà engagées dans des objectifs de réduction de leurs émissions carbone auprès de SBTi, dont 157 PME
Source : Science Based Targets
Dametis compte de nombreux clients engagés dans une démarche SBTi et de décarbonation. Parmi eux : Danone, Bonduelle, Croda International Plc, ALBEA Group, Hutchinson, Legrand, Thales.







Les objectifs et activités de SBTi
SBTi se fixe 4 objectifs principaux :
- Définir des standards rigoureux pour valider les objectifs fixés par les entreprises,
- Effectuer la validation d’une manière neutre et impartiale,
- Lutter contre le greenwashing en encadrant strictement les objectifs annoncés par les entreprises,
- Promouvoir la transparence en favorisant la réduction des émissions carbone plutôt que leur compensation.
Pour les atteindre, l’initiative a deux activités distinctes. D’une part, la définition et la rédaction de normes, outils et guides à disposition des entreprises. Ils sont conçus pour aider les acteurs dans la définition de leurs objectifs à court et long terme. D’autre part, SBTi assure une validation rigoureuse des objectifs annoncés par les entreprises par l’intermédiaire de sa filiale, SBTi Services.

Décarbonation VS compensation carbone : attention à ne pas les confondre !
Dans ses méthodes de calcul visant le zéro émissions nettes en 2050, l’initiative SBTi privilégie la décarbonation et la réduction effective des émissions carbone plutôt que leur compensation. Selon l’ADEME, la compensation carbone consiste, pour un acteur, à soutenir un projet de réduction ou de séquestration des émissions de gaz à effet de serre qui ne lui sont pas directement imputables afin de générer des « crédits carbone ».
En avril 2024, le conseil d’administration de la SBTi a annoncé envisager d’assouplir le recours aux crédits carbone dans ses calculs, principalement pour atteindre les objectifs de décarbonation du scope 3. Cette annonce a suscité de nombreuses réactions au sein de la communauté scientifique, qui craignait un affaiblissement de l’exigence de réduction directe des émissions. L’utilisation des crédits carbone pour compenser les émissions du scope 3 a finalement été abandonnée.
S’engager dans l’initiative SBTi : pourquoi et comment ?
Les bénéfices et défis de l’initiative
Pour toute entreprise souhaitant rejoindre l’initiative SBTi, la démarche présente plusieurs avantages, tout en s’accompagnant de certains défis.
Les bénéfices de l’initiative SBTi
Afin de mieux comprendre les effets concrets de sa méthodologie sur les organisations engagées, la SBTi publie chaque année une étude d’impact. La dernière édition, The Impact of Setting Science-Based Targets on Businesses, met en évidence deux grandes catégories de retombées positives : d’un côté, des avantages financiers et commerciaux et de l’autre, des résultats tangibles en matière d’action climatique.
Les bénéfices commerciaux tiennent principalement au développement d’un atout compétitif. 91 % des entreprises considèrent que rejoindre l’initiative a eu un impact positif sur leur activité en général (réputation et performance financière à long terme). Elles soulignent également qu’il favorise la confiance des investisseurs et facilite l’accès aux financements. Enfin, les investissements réalisés pour atteindre les objectifs fixés s’accompagnent souvent d’économies substantielles, renforçant ainsi l’intérêt économique de la démarche.
Les bénéfices climatiques, eux, se traduisent par une meilleure résilience face aux risques liés au changement climatique. L’engagement dans une démarche SBTi permet aux entreprises d’anticiper plus efficacement l’évolution des réglementations futures et de renforcer la robustesse de leurs chaînes de valeur.
Les défis pour les entreprises
Concernant les défis, la collecte et la fiabilisation des données énergétiques constituent souvent un frein majeur pour les entreprises, notamment pour établir un bilan carbone fiable et suivre leur trajectoire de réduction des émissions. Sur cet enjeu de pilotage notre logiciel EMS permet d’accompagner les industriels en facilitant la collecte des informations nécessaires aux audits énergétiques industriels et à la définition des objectifs de décarbonation.
Parmi les autres freins, le coût de la validation des objectifs est aussi central. Il peut montrer jusqu’à 14 500 euros pour les grandes entreprises et jusqu’à 2 500 euros pour les PME. Enfin, de nombreuses organisations soulignent une méthodologie complexe à mettre en place, qui s’accompagne d’évolutions régulières. Malgré cette complexité, la SBTi a conçu une méthodologie suffisamment flexible pour s’adapter à une grande diversité d’entreprises du secteur privé, qui les accompagne dans la définition, la validation et le suivi de leurs objectifs climatiques.
Les étapes clés : concrètement, comment ça marche ?
Pour s’engager dans une démarche SBTi, une entreprise doit suivre plusieurs étapes :
1. Annoncer son engagement et définir ses objectifs de réduction
L’entreprise commence par s’engager par écrit à rejoindre l’initiative. Elle doit ensuite définir des objectifs de réduction de ses émissions. Ils sont de deux ordres : à court terme ou à long terme (zéro carbone d’ici 2050). La démarche SBTi impose des exigences : les cibles de réduction doivent couvrir 95 % des scopes 1 et 2 de l’entreprise et doivent forcément être alignées avec un scénario à +1,5 ° C.
2. Soumettre ses objectifs à la validation du SBTi Services
Une fois définis, les objectifs doivent être soumis à validation auprès de SBTi Services. Pour qu’ils soient validés, l’entreprise doit avoir mesuré ses émissions selon les règles du GHG Protocol (scopes 1, 2 et 3).
À noter : les standards SBTi actuellement en vigueur restent applicables jusqu’au début de l’année 2027, date à laquelle une nouvelle version sera introduite. Cette évolution vise à dépasser la seule définition d’objectifs en incitant davantage les entreprises à passer à l’action.
3. Communiquer sur ses objectifs
L’initiative SBTi oblige les entreprises à communiquer publiquement sur leurs objectifs fixés dans le cadre de la démarche. Une fois validés, les entreprises disposent de six mois pour les rendre publics.
4. Piloter la réduction des émissions et rendre compte de ses résultats
Une fois engagées dans la démarche, les entreprises doivent mettre à jour l’état d’avancement de leurs objectifs en publiant leurs émissions de gaz à effet de serre réelles chaque année.
Voici un rappel des différents scopes !
Les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) sont classées en trois catégories :
-Scope 1 : les émissions de gaz à effet de serre qui proviennent de sources que l’entreprise possède ou contrôle, par exemple celles émises par les procédés industriels.
-Scope 2 : les émissions indirectes liées à la consommation d’énergie achetées par l’entreprise, comme l’électricité.
-Scope 3 : Il recouvre les émissions générées tout au long de la chaîne de valeur, en amont comme en aval de l’entreprise.
Face à l’urgence climatique et au renforcement des exigences réglementaires, la SBTi s’impose comme un cadre de référence pour structurer une stratégie de décarbonation. Au-delà de la définition d’objectifs alignés sur la science, cette démarche permet aux entreprises de renforcer leur résilience et d’améliorer leur compétitivité. Si sa mise en œuvre nécessite des données fiables, des outils de pilotage adaptés permettent de relever ces défis et de transformer les ambitions climatiques en actions concrètes.