PPE 3
Energie

Les énergies renouvelables au cœur de la PPE 3

Publié le : 2 février 2024

PPE 3 : Toutes les filières de production d’énergie décarbonée seront mises à contribution

Dans le cadre des travaux sur la Stratégie française énergie-climat, les objectifs de la prochaine Programmation Pluriannuelle de l’Energie, la troisième dite PPE 3, ont été dévoilés pour consultation en novembre dernier.

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La production d’électricité décarbonée est attendue d’ici 2035 par rapport à 2021, soit au moins 640 TWh

Sources : Ministère de la Transition énergétique, RTE

Deux constats principaux en ressortent. Le premier est que toutes les filières de production d’énergie décarbonée seront mises à contribution. L’électricité décarbonée (nucléaire et énergies renouvelables), tout d’abord, en lien direct avec l’électrification croissante des usages. Les filières non électriques (chaleur renouvelable, biocarburants…) apporteront également leur contribution à la décarbonation du pays.

Le second constat est que les objectifs sont ambitieux. Il s’agit d’accélérer le développement de la plupart des filières de production d’énergie décarbonée. 

Tripler la production d’électricité renouvelable d’ici 2035…

Selon les projections du Ministère de la transition énergétique, il faudra près de 200 TWh d’électricité renouvelable supplémentaire (par rapport à 2022) d’ici 2035, soit un triplement. Cela suppose une accélération forte du développement des principales filières de production.

    Objectifs de capacité installée en énergie renouvelable électrique

    PPE 3

    Source : Ministère de la Transition énergétique

    Le photovoltaïque est la filière sur laquelle repose les ambitions les plus fortes. La PPE 3 pourrait prévoir un rythme de déploiement d’au moins 5,5 GW par an en visant 7,5 GW par an. C’est une accélération brutale puisqu’en 2022, la capacité installée dans l’année s’est élevée à 2,4 GW. Le gouvernement souhaite que ce développement soit équilibré entre les fermes au sol, les grandes toitures et le résidentiel. L’agrivoltaïsme (installation photovoltaïque sur une parcelle agricole en exploitation) est également envisagé en construisant un cadre réglementaire adéquat. L’incitation à l’autoconsommation, aussi pour bien pour les entreprises que le secteur résidentiel, sera renforcée.

    Pour l’éolien terrestre, l’objectif est de maintenir le rythme de déploiement, autour de 1,5 GW par an. Une meilleure répartition territoriale est toutefois attendue. En revanche, la PPE 3 devrait proposer une vive accélération du développement de l’éolien en mer. Compte tenu des délais de mise en service des fermes offshore, c’est surtout sur la période 2030-2035 que l’effort sera le plus visible. Environ 10 GW supplémentaires devraient être attribués d’ici 2025 via des appels d’offres pour atteindre l’objectif. Un des principaux enjeux énoncés dans le projet de PPE 3 est la planification. Le gouvernement souhaite mettre en œuvre une planification globale pour les différentes façades maritimes.

    Enfin, la capacité installée hydroélectrique devrait légèrement augmenter, surtout sur des installations existantes, le potentiel de nouvelles infrastructures étant limité. L’une des mesures à l’étude est de favoriser la rénovation des petites centrales hydroélectriques.

      …en accompagnant l’industrialisation du pays

      Pour le gouvernement, le développement de la production d’énergie décarbonée est l’occasion d’accroître les capacités industrielles du pays en localisant ou relocalisant la production d’équipements nécessaires à la transition énergétique. Parmi les filières identifiées figurent le solaire (fabrication de panneaux photovoltaïques notamment), l’éolien (fabrication des différents composants des éoliennes), les pompes à chaleur et les réseaux d’électricité.

      Le pacte éolien en mer

      En mars 2022, l’Etat et la filière de l’éolien en mer ont signé un pacte avec des engagements mutuels. L’Etat a notamment annoncé l’objectif de 18 GW en 2035, repris dans le projet de PPE 3. De son côté, la filière s’est engagée à investir plus de 40 milliards d’euros en 15 ans et à atteindre un contenu local de 50% calculé sur la part des coûts pour chaque projet.

      Le mode opératoire devrait prendre la forme d’un pacte de filière, sur le modèle de celui de l’éolien en mer, s’appuyant notamment sur les possibilités offertes par le Net-Zero Industry Act. Cette réglementation européenne, adoptée en 2023, vise à faciliter et promouvoir le développement d’une industrie européenne de la transition énergétique, en particulier via des appels d’offres pour bénéficier de mécanismes de soutien financier. Le plan France 2030 sera aussi mis à contribution pour soutenir l’innovation et structurer les filières industrielles.

      La question des approvisionnements en métaux critiques (lithium, cobalt, terres rares, cuivre, etc.) pour permettre la fabrication des équipements de la transition énergétique sera traitée par la PPE 3. L’objectif affiché est de maîtriser leur chaîne de valeur, de l’extraction au recyclage. Plusieurs leviers seront (ou continueront à être) utilisés dans ces domaines, notamment l’appel à projets Métaux critiques de France 2030 et le crédit d’impôt industries vertes. Pour évaluer la richesse minière de notre sous-sol, une campagne d’exploration sera lancée en 2024.

      Enfin, le volet formation n’est pas oublié. L’Etat, les Régions et les filières devront travailler ensemble pour définir les besoins et mettre en place le cadre de développement des compétences.

      Doubler la consommation de chaleur renouvelable

      Objectifs de production de chaleur renouvelable

      PPE 3

      Source : Ministère de la Transition énergétique

      La PPE 3 prévoit un bond de la consommation de chaleur issue d’une large palette de sources de production. La biomasse, les pompes à chaleur et le biogaz devraient tirer la croissance de la production de chaleur renouvelable. La géothermie, le solaire thermique et la récupération de chaleur fatale des réseaux de chaleur joueront également un rôle.

      A ces volumes, s’ajoute ceux des réseaux de chaleur et de froid qui devraient croître fortement puisque le gouvernement souhaite que 4,5 à 5,2 millions de logements supplémentaires soient raccordés d’ici 2035 (moins de 1,3 million en 2020). Une part croissante de leur production devra, en outre, provenir d’énergie renouvelable (80 % d’ici 2035, soit 90 TWh contre un peu plus de 60 % actuellement, soit environ 20 TWh).

      Une attention particulière sera également portée à la récupération de chaleur fatale industrielle et tertiaire. La PPE 3 prévoit ainsi d’imposer une étude du potentiel de valorisation pour toutes les unités industrielles existantes de plus de 10 MW et nouvelles de plus de 5 MW.

        +225 M€

        L’augmentation du budget du Fonds chaleur en 2024 pour porter l’enveloppe totale à 820 M€

        Source : Ministère de la Transition énergétique

        Trois dispositifs de soutien existants doivent aider à atteindre les objectifs. Pour les particuliers, il s’agit de MaPrimeRénov’ dédiée aux financements d’opérations de rénovation énergétique. Le Fonds chaleur permet, quant à lui, de financer des projets de production de chaleur renouvelable dans différents secteurs (logements collectifs, tertiaire, agriculture et industrie). A titre d’exemple, signalons qu’un projet à partir de biomasse en secteur industriel pour une production de chaleur de 1,2 à 12 GWh par an peut être éligible à une aide du fonds chaleur.

        Enfin, le volet décarbonation du plan France 2030 peut être mobilisé par le secteur industriel dans le domaine de la chaleur renouvelable.

          Passer aux biocarburants avancés, puis aux carburants de synthèse

          La PPE 3 pourrait fixer une feuille de route en deux temps. A court terme, l’objectif est de développer la production de biocarburants dits avancés, issus de ressources n’étant pas en concurrence avec l’alimentation (résidus, déchets ou coproduits). Ces biocarburants avancés viendront en complément des biocarburants de première génération issus, eux, de ressources agricoles qui peuvent avoir une utilité alimentaire.

          A plus long terme, l’électrification de la mobilité légère permettra sa décarbonation. Pour la mobilité lourde (transport aérien, transport maritime, pêche, etc.), les biocarburants et les carburants de synthèse (e-gazole, e-kérosène…) tout comme l’hydrogène sont les solutions envisagées. L’hydrogène, justement, sera l’objet de notre prochain article, pour tout savoir de la stratégie hydrogène française.

           

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