programmation pluriannuelle de l’énergie
Energie

Les objectifs de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie dévoilés

Publié le : 2 janvier 2024

La consultation est lancée

Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique a lancé le 22 novembre dernier une consultation publique sur un document présentant les grandes orientations de la politique énergétique du pays dans le cadre des travaux sur la Stratégie française énergie-climat. La consultation était ouverte jusqu’au 22 décembre 2023.

L’objectif de la Stratégie française énergie-climat est d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Elle repose sur quatre piliers : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique, la relance du nucléaire et l’accélération des énergies renouvelables.

Cette consultation s’inscrit dans un processus qui aboutira dans les prochains mois à un décret fixant la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), le principal document stratégique de pilotage de la transition énergétique en France.

Être le premier grand pays industriel à sortir des énergies fossiles

C’est l’engagement annoncé par le gouvernement. Il répond à trois enjeux majeurs pour la France. Le premier concerne la souveraineté énergétique. La guerre en Ukraine a montré la forte vulnérabilité du pays aux évènements géopolitiques. Des tensions apparaissent également sur les matières premières et les équipements nécessaires à la transition énergétique. L’amélioration de l’indépendance énergétique repose sur l’abandon des énergies fossiles importées, la diversification des approvisionnements en matières premières et le développement d’une industrie des équipements de la transition énergétique.

    109 milliards d’euros

    La facture des importations d’énergies fossiles en 2022 contre 48 milliards d’euros en 2021

    Source : SDES, Bilan de l’énergie

    Le second enjeu est économique. La balance commerciale de la France a été mise à mal par la flambée des prix des énergies l’an dernier. La facture des importations de produits fossiles a explosé. Le recours accru au nucléaire et aux énergies renouvelables doit permettre d’améliorer la compétitivité du pays.

    Enfin, le dernier enjeu concerne la lutte contre le changement climatique. Le gouvernement souhaite accélérer la décarbonation de tous les secteurs, transports, industrie, bâtiment, agriculture et énergie.

    Être le premier grand pays industriel à sortir des énergies fossiles suppose de profonds changements illustrés par le graphique ci-dessous.

      La consommation finale d’énergie 2021 et projections à horizon 2050

      programmation pluriannuelle de l’énergie

      Source : RTE, SDES, DGEC

      Une baisse de la consommation d’énergie pouvant aller jusqu’à 50% d’ici 2050 est attendue. L’électrification notamment des transports et du chauffage des bâtiments, grâce à de meilleurs rendements, permettra de faire une partie du chemin. La sobriété énergétique devra faire le reste, sa contribution étant estimée entre 15% et 20%.

        51%

        La part des énergies fossiles dans la consommation énergétique finale de l’industrie en 2021

        Source : SDES, Bilan de l’énergie

        La sortie des énergies fossiles est actée. Alors qu’elles représentent un peu moins de 60% de la consommation d’énergie finale aujourd’hui (37% de pétrole et 21% de gaz naturel), nous devrons nous en passer d’ici 2050. Si pour la production d’électricité, la décarbonation complète du mix est déjà largement engagée, elle débute à peine pour les transports. Le sevrage pour le chauffage des bâtiments et l’industrie est aussi un challenge majeur.

        Le dernier grand défi de la mutation du mix énergétique est d’augmenter la production d’énergie décarbonée : électricité nucléaire, électricité renouvelable, chaleur et froid renouvelables, biogaz, biocarburants, … La production d’électricité devrait ainsi augmenter de 10 % d’ici 2030 et de 55 % d’ici 2050.

        Cette transformation à horizon 2050 suppose des jalons intermédiaires pour établir une trajectoire. C’est l’objet de la Programmation pluriannuelle de l’énergie dont les cinq objectifs ont été présentés dans le document mis en consultation.

          Objectif 1 : réduire les consommations d’énergie tout en réindustrialisant le pays

          50 TWh

          La consommation d’énergie finale en plus liée à la réindustrialisation en 2030

          Source : Ministère de la Transition énergétique

          La consommation d’énergie finale diminue depuis environ une décennie. L’objectif est d’accélérer le rythme de réduction. Pour 2030, la PPE fixe un objectif de consommation d’énergie finale de 1 209 TWh toutes énergies et tous secteurs confondus, ce qui représente une baisse de 25% par rapport à 2021. Ce scénario intègre une démarche de réindustrialisation de la France qui augmentera la consommation énergétique du secteur industriel, en particulier celle de l’électricité. En parallèle des efforts de réindustrialisation (loi « industrie verte », programme France 2030…), la Programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit une amélioration de l’efficacité énergétique du secteur industriel en misant notamment sur la poursuite des travaux engagés par les comités stratégiques de filière (19 labellisés actuellement). L’augmentation des obligations dans le cadre du dispositif des certificats d’économie d’énergie est également prévue par la Programmation pluriannuelle de l’énergie.

            Objectif 2 : adapter les réseaux, notamment aux exigences industrielles

            L’électrification croissante des usages, le développement de la production d’électricité renouvelable et la réindustrialisation nécessitent une adaptation des réseaux électriques. Les besoins d’investissement dans les années à venir sont très élevés. RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, procède en ce moment à une actualisation de sa trajectoire d’investissement. La précédente évaluation, réalisée en 2019, chiffrait à 33 milliards d’euros les investissements nécessaires d’ici 2035. De son côté, Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution, prévoit un bond de 25% de ses investissements annuels pour atteindre 5 milliards d’euros par an d’ici 2032.

            La Programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit notamment une amélioration de la planification des raccordements dans les zones industrielles les plus dynamiques et dans les zones portuaires. Elle vise également à renforcer le tissu industriel national des matériels et équipements électriques liés aux réseaux.

            La problématique des réseaux de gaz naturel est très différente. La consommation de gaz naturel va irrémédiablement décliner en accord avec l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. L’enjeu pour les gestionnaires de réseaux gaziers est d’adapter leurs infrastructures à la baisse de consommation tout en intégrant le biométhane et l’hydrogène. Les coûts d’adaptation des réseaux aux gaz verts sont estimés entre 6 et 9,7 milliards d’euros d’ici 2050.

             

            Objectif 3 : garantir la sécurité d’approvisionnement

            Pour les énergies fossiles, en particulier les carburants et le gaz naturel, les enjeux reposent sur la diversification des approvisionnements pour réduire notre exposition aux évènements géopolitiques et à la production de substituts décarbonés (carburants durables, biométhane, etc.).

            Pour l’électricité, la sécurité d’approvisionnement doit résulter de la montée en puissance de la production, mais également du développement de la flexibilité afin d’assurer l’équilibre offre-demande pendant les périodes de pointe de consommation. Parmi les mesures envisagées du côté de l’offre d’électricité par la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie, figurent notamment le développement des interconnexions, le soutien au déploiement de batteries et le lancement d’appels d’offres pour des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP). Des mesures sont également prévues du côté de la demande. Le gouvernement souhaite notamment mettre en place des incitations ou des contraintes réglementaires pour le pilotage de certains équipements (bornes de recharge et systèmes de chauffage par exemple). Les prix de l’électricité doivent également inciter davantage les consommateurs à moduler leur consommation lors des pointes. Enfin, de nouveaux mécanismes incitatifs devraient voir le jour pour pleinement tirer parti du gisement d’effacement, diffus comme industriel.

             

            Objectif 4 : préserver le pouvoir d’achat et la compétitivité

            Cet objectif comporte un volet pour les ménages et un volet pour les entreprises. Pour les premiers, les mesures se concentrent sur le soutien à la rénovation énergétique et l’aide aux personnes démunies. Pour le volet compétitivité, la prochaine programmation pluriannuelle vise à mener à bien le projet de réforme du marché de l’électricité. Les prix de l’électricité payés par les consommateurs finaux, notamment industriels, doivent mieux refléter les coûts de production de l’électricité nucléaire. C’est tout l’enjeu du chantier actuellement mené en parallèle de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie concernant le dispositif qui prendra le relais de l’ARENH à partir de 2026. Le gouvernement a récemment évoqué un prix de vente moyen de l’électricité nucléaire autour de 70 €/MWh alors que le prix de l’ARENH est de 42 €/MWh.

            Enfin, le 5ème objectif est le développement de la production d’énergie décarbonée, un volet majeur de la prochaine PPE. Ce sera le sujet de notre prochain article.

             

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